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Contes et légendes

  • Le Mabinogi

     

    Pedair Cainc y Mabinogi

     Les quatre branches du Mabinogi

     a)   Le cadre historique : le Moyen-Age

    Le Pays de Galles celtique  médiéval : à cette époque  ( 5ème- 12ème siècles), la population ne parle que le vieux-gallois(voir langue et culture), qui est identique au vieux-breton, puisque la langue celtique parlée  pendant plus de deux mille ans s’est scindée en deux branches : le gaélique (Irlande, Ecosse, Ile de Man) et le brittonique (Bretagne, Pays de Galles, Cornouailles)

    Les Gallois et les Bretons parlent la même langue et les traditions sont communes aux deux peuples. Les différences seront plus marquées lorsque les peuples celtiques seront complètement dominés et par l’Angleterre (Irlande, Ecosse, Ile de Man ; Pays de Galles, Cornouailles) et par la France (Bretagne).

     Du 8ème au 10ème siècle, les Vikings venus de Scandinavie déferlent sur l’Europe de l’Ouest et ravagent villages et monastères , où sont transcrits non seulement les Evangiles, mais également les légendes qui étaient jusqu’à ce jour transmises oralement, mettant fin au début d’une civilisation celtique chrétienne originale (destruction de manuscrits).

     Au 11ème siècle, Gruffud ap Llywelyn , roi du Gwynedd et du Powys, lutte contre les envahisseurs  saxons et vikings.

    De plus, après la conquête de l’Angleterre, Guillaume le Conquérant (1066), poursuit son avance vers le Pays de Galles (qui n’existe pas en tant que tel) et occupe les Marches  en 1081 (Cardiff), qu’il offre à ses barons bretons et normands, et occupe tout le sud du pays (St David’s).

      C’est dans ce contexte que va commencer à se développer une période littéraire galloise qui  se prolongera jusqu’ à la fin du Moyen-Age (milieu du 15ème siècle), période durant laquelle seront rédigés les fameux manuscrits, les Mabinogion.

     b) Les poètes de cour

    Qu’est-ce que les poètes de cour / beirdd yr uchelwyr ? Comme leur nom l’indique, ils  sont à l’honneur chez les princes qui leur donnent un statut particulier, des privilèges importants. Ceux-ci, à l’image des bardes des anciens temps druidiques, ont conservé très forte une tradition orale faite de chants, de poésies , dont une des caractéristiques est de composer en vieux-gallois ces poèmes selon des règles très élaborées en une métrique originale qui place les rimes au milieu du vers ( les rimes internes / Cynghanedd), règles que les Gallois ont conservées et qui permettent lors de concours  (Eisteddfodau ) de se mesurer et d’être, pour le meilleur d’être couronné Grand-Barde chaque année.

    Le plus célèbre d’entre eux, reconnu comme un poète de l’amour courtois (cf les trouvères et troubadours d’Occitanie), est Dafydd ap Gwilym qui vécut au XIVème siècle dans le centre du Pays de Galles (Aberystwyth).

    Et pourtant, c’est dans un contexte de guerre que des anonymes vont écrire sur des parchemins les plus belles légendes de la littérature galloise qui, jusqu'alors étaient transmises oralement. En effet, les troupes emmenées par les seigneurs anglo-normands attaquent le Pays de Galles au cours de deux invasions (1276-77 et 1282) : c’est une guerre contre les châteaux-forts gallois, qui sont finalement pris, démantelés et remplacés par d’énormes forteresses qui garderont les places fortes du pays … et que des milliers de touristes visitent chaque année…(Flint, Conwy, Rhuddlan, Beaumaris, Caernarfon, Cardiff, etc..)

      A la suite de cette conquête qu’en 1301, le roi d’Angleterre Edward Ier place le Pays de Galles sous la tutelle de l’évêché de Canterbury , qui devient une Principauté ; depuis cette époque, le fils aîné des rois d’Angleterre porte le titre de Prince de Galles / Prince of Wales.

     c) Les quatre branches du Mabinogi

     Le terme Mabinogi  signifie jeunesse . On peut donc interpréter le mot comme « une histoire pour la jeunesse » dont le sens a dérivé en contes ou histoire tout court, histoire, comme on le verra, d’un héros nommé PRYDERI.

    Les onze histoires connues plus tard sous le nom des MABINOGION englobent ces quatre légendes majeures auxquelles ont été ajouté sept autres contes; 

    La traduction magistrale de Gwyn Jones et de Thomas Jones en 1948 en anglais a permis à un très large public non galloisant de connaître ces chefs d'oeuvre de la littérature médiévale galloise et européenne.

    Ces histoires légendaires  sont constituées de deux collections de manuscrits gallois qui se sont transmis au sein de familles nobles.

     Le Livre Blanc de Rhydderch (Llyfr Gwyn Rhydderch) écrit dans la période 1300-1325 est conservé à la Bibliothèque Nationale du Pays de Galles à Aberystwyth. 

    Le Livre Rouge de Hergest (Llyfr Coch Hergest) rédigé entre 1375 et 1425 , est conservé à la Bibliothèque du Collège de Jésus à Oxford , en Angleterre.

    A ces manuscrits, il faut ajouter les manuscrits de Peniarth, conservés à Aberystwyth, et qui comportent différentes histoires, dont certaines furent écrites une centaine d’années avant le Livre Blanc. (vers 1200).

    Le plus ancien texte de cette envergure date de la seconde moitié du 11ème siècle : il s’agit de Culhwch ag Olwen. Son orthographie, les gloses, le vocabulaire, la syntaxe et sa vision du monde social nous renvoient à une époque beaucoup plus ancienne, sans doute plusieurs siècles auparavant, sinon plus…

    De même, les thèmes primitifs abordés très anciens et peu aisés à décoder nous renvoient au monde celtique païen.

    Au 19ème siècle, Lady Charlotte GUEST traduit le Livre Rouge auquel elle ajoute une histoire de Taliesin, le grand barde gallois du 6ème siècle dont on avait retrouvé  le manuscrit au 16ème siècle, traduction à laquelle elle donne le titre de  MABINOGION, qui est utilisé aujourd’hui pour désigner l’ensemble des légendes médiévales galloises qui se composent comme suit, portant le nom de quatre personnages principaux ayant entre eux un lien de parenté :Pwyll, Branwen, Manawydan, Math.

    Ce sont les quatre branches des Mabinogion auxquelles il faut ajouter des œuvres plus tardives :

    Le rêve de Macsen Wledig

    Lludd a llefelys

    Et l’incomparable  Culhwch ag Olwen , un ancien conte.

    Le rêve de Rhonabwy est une histoire du monde héroïque de l’Ile de Bretagne (Ynys Prydein)

    Enfin  trois romans arthuriens :La Dame de la Fontaine, Peredur,,Gereint fils d’Erbin, contenant une abondante influence normande.

     Les quatre Branches sont écrites en vieux-galloisElles ont une unité dans les thèmes développés et dans le milieu social et littéraire. Un certain nombre de personnages trouvent leur pendant dans la mythologie irlandaise et sont d’origine divine ou de nature surhumaine. Les textes sont parvenus dans la tradition bardique: les bardes célébraient leurs seigneurs par des poésies en vers et leurs activités se sont écoulées sur presque mille ans ! (du 6ème siècle au 15ème siècle) : dans la quatrième Branche, MATH, le chef des bardes, était considéré comme le meilleur conteur du monde ! Dans les deuxième et troisième Branches, les enfants de LLYR (le dieu de la mer) dominent l’histoire, tandis que dans la quatrième, l’histoire de LLEU, sa conception, sa jeunesse, ses exploits et son exil, est une série complète.

     L’auteur de ces légendes est inconnu : la mise en forme des textes a donné corps à un travail considérable qui s’est élaboré sur plusieurs siècles.

                            Première Branche : PWYLL PRINCE DU DYFED*

     

    Pwyll.jpg

     

     *Le Dyfed est une région située à l’ouest du Pays de Galles dans laquelle se déroule la première et la troisième Branche. Dans les temps anciens , elle fut occupée par des populations irlandaises, ce qui explique que de nombreux thèmes des Mabinogion se retrouvent dans l’histoire.

     Pwyll, prince du Dyfed, est le principal personnage de notre histoire.

     

    Un jour,Arawn, le roi de l’Autre Monde, que l’on appelle Annwn, lieu magique, de joie et de bonheur gouverné par des fées, part à la chasse, au cours laquelle il tue un cerf… Au même moment, Pwyll, le prince du Dyfed, bat la campagne en quête de gibier. Or, au détour d’un chemin, il découvre le cadavre du cerf autour duquel s’affaire une meute… Profitant de l’aubaine, il chasse cette meute inconnue et donne le cerf en curée à sa propre meute. Sur ces entre faits, arrive Arawn, le roi d’Annwn, qui l’interpelle et lui demande réparation pour l’outrage qu’il lui a causé. Arawn  propose à Pwyll de prendre sa place dans son Royaume d’Annwn sous son apparence pendant un an, pendant que lui,wn deviendra prince du Dyfed sous les apparences de Pwyll…A ce terme, Pwyll devra combattre et tuer le rival d’Arawn, Hafgan. Ce qu’il fait. 

    Au bout d’un an, l’épreuve étant réussie, les deux princes reprennent leur royaume respectif et scellent leur amitié.

    Plus tard, au cours de multiples aventures, Pwyll épouse Rhiannon : ils ont un enfant nommé Pryderi, qui règne à son tour sur le royaume de Dyved et épouse la belle Cigfa.

      Deuxième Branche : BRANWEN, fille de LLYR*

     

    Branwen.jpg

     

     * Llyr est le père de Manawydan (voir 3ème Branche), de Brân et de Branwen. Son nom signifie « la mer » car il est le dieu de l'océan.
    Brân est le roi de l’Ile de Bretagne, une sorte de géant.

    Un jour, Matholwch, le roi d’Irlande vient demander la main de Branwen. Pour le mariage, on organise un banquet, mais on oublie d’inviter le demi-frère de Branwen, Efnysien… Celui-ci se venge en mutilant les chevaux qui devaient être offerts par Brân au roi d’Irlande.. Après leur retour en Irlande, nait un fils, Gwern. Mais Branwen est maltraitée à cause de l’offense d’Efnysien, le roi l'humilie en l'envoyant en cuisine… Elle adresse un message de détresse à son frère Brân (Corbeau). La guerre est déclarée et les armées de Brân envahissent l’Irlande: Bretons et Irlandais se massacrent.

    Seuls sept survivants reviennent à Harlech, château de Brân , dont Branwen, Pryderi et Manawydan. Branwen meurt: selon son voeu,  elle est enterrée en face de l’île de Môn. Brân meurt également mais avant de mourir, il demande que l’on enterre sa tête à Londres, la tête tournée vers le continent. Après un voyage agrémenté de plusieurs banquets, la tête du roi Brân est enterrée à Gwynfryn (la Colline Sacrée) à Londres et protège désormais le pays de toute invasion, ce qui est vrai…

     Troisième Branche :  Manawydan, fils de Llyr.

     

    Manawydan.jpg

     

     Accompagnant son frère Bendigeidfran ( le roi Bran) pour aller délivrer sa sœur en Irlande, il est un des sept rescapés de cette malheureuse expédition (voir la deuxième Branche ).

    Par la suite, il accepte l’invitation de Pryderi de venir le voir dans le royaume du Dyfed. Pryderi donne sa mère Rhiannon comme épouse à Manawydan et lui offre sept territoires (cantrefi).

    Malheureusement, un enchantement s’abat sur le pays : le royaume est vidé de ses habitants: c’est la désolation ! Manawydan, Rhiannon, Pryderi et Cigfa  son épouse partent pour l’Angleterre où ils essaient de gagner leur vie en exerçant divers métiers  (cordonnier, bourrelier,  fabriquent de boucliers). Mais où qu’ils aillent, les artisans leur sont hostiles et les chassent.

    De retour dans le Dyfed, Pryderi et Rhiannon sont emprisonnés dans une forteresse ensorcelée qui devient invisible, alors que Manawydan et son épouse vivent tranquillement pendant deux ans. Après  quoi, Manawydan se décide à rechercher Pryderi et Rhiannon : il capture  Llwyd, le magicien à l’origine de cet enlèvement et le couple est enfin libéré…

     

     Quatrième Branche : MATH, fils de Mathonwy , magicien et roi du Gwynedd*

     

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      Le Gwynedd est un royaume attesté du nord du Pays de Galles. Au 9ème siècle, ce royaume s’agrandit de deux territoires voisins, le Powys et le Ceredigion. Cette région très galloisante jusqu’à nos jours, fut le bastion de la résistance à l’invasion anglo-normande du Pays de Galles.

     

    Le roi du Gwynedd,, MATH,  ne peut vivre qu’en gardant ses pieds sur les genoux d’une vierge lorsqu’il est en temps de paix. Cette jeune fille s’appelle Goewin.

    Un jour, le neveu du roi, Gilfaethwy, tombe amoureux de la jolie Goewin. Son frère Gwydion lui propose de provoquer une guerre entre Math et Pryderi  afin d’enlever la fille. Ce qui fut fait. Mais au cours de combats furieux, Pryderi est tué.

    De retour en son château, Math, furieux,  offre une récompense à qui capturerait Gwydion et son frère. Après une longue poursuite, les deux jeunes gens sont attrapés et … transformés en animaux pendant trois ans.

    On propose une nouvelle vierge au roi Math, du nom d’Arianrhod, qui n’est autre que la sœur des deux jeunes hommes. Mais alors qu’elle tente de prouver sa virginité, elle donna naissance à deux fils, Dylan et Lleu Llaw Gyffes ce qui signifie Lleu à la Main habile .

        Par la suite, Arianrhod jette un sort sur son fils Lleu, qui n’aura ni nom, ni armes, ni femme… Celui-ci, quand même frustré, accompagné par Gwydion, va trouver le roi Math, un magicien et lui demandent de trouver une solution pour le pauvre Lleu. Math, qui n’est pas vraiment méchant,  fabrique par enchantement une femme-fleurs qu’il appela Blodeuwedd. Mais celle-ci tombe amoureuse d’un certain Gronw Pebyr, un puissant seigneur et tous deux cherchent à tuer Lleu…

    Celui-ci est transformé en aigle et échappe à ses poursuivants : finalement, Gwydion réussit à le désensorceler, Gronw est tué et la femme-fleurs transformée en chouette : elle est condamnée à ne plus jamais tourner son visage au jour et deviendra l’ennemi de tous les autres oiseaux…

     

     

    **************

     bibliographie en français.

     «  Les quatre branches du MABINOGI d’après les anciens textes gallois.

     

    Les quatre branches du Mabinogi.jpg

     

     

     « Légendes des Pays Celtiques »

     incluant  la deuxième branche, BRANWEN, fille de Llyr.

    Adaptées par Jakez GAUCHER

    Illustrées par Erwan SEUR-LE BIHAN

    (Edition Coop Breizh, Spézet) .

     

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        bibliographie en breton

     Ar Mabinogion

     Troidigezh diwar al Levr Gwen gant Fanch ELIES-ABEOZEN

    (Mouladurioù Hor Yezh, 1991)

     

    ar Mabinogion.jpg

     

     

          bibliographie en anglais

     

       The Mabinogion

     Translated by Gwyn JONES and Thomas JOnes

     (ed. Dent and Sons Ltd, London, 1978. Nombreuses rééditions à ce jour).

     

     

     

     

    Tales from the Mabinogion

     Gwyn THOMAS and Kevin CROSSLEY-HOLLAND

    Illustrated by Margaret JONES

     (Ed. Gollancz Children’s Paperbacks, London, 1989)

     Edition pour les jeunes bien illustrée, la plus accessible pour celles et ceux qui lisent bien l’anglais.

     Pour aller encore plus loin (anglicistes seulement) :

     

    The Oxford Companion to the Literature of WALES

    Compiled and edited by Meic STEPHENS

     (Oxford University Press, 1986)

     Encyclopédie littéraire dans laquelle vous trouverez tous les éléments concernant les Mabinogion, les personnages et une abondante bibliographie. Il existe une version en gallois de cet ouvrage, la bible des amoureux du Pays de Galles.